rugby : "Le produit phare, c'est le stéroïde anabolisant"

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rugby : "Le produit phare, c'est le stéroïde anabolisant" Le journaliste Pierre Ballester estime que le rugby est dans le déni en ce qui concerne la question du dopage, comme le cyclisme d’avant l’affaire Festina.



Dès l'introduction de son livre-enquête Rugby à charges (éditions de La Martinière), en librairies jeudi prochain, Pierre Ballester dresse un parallèle entre le dopage dans le cyclisme et celui dans le rugby. Le journaliste, connu pour ses révélations sur Lance Armstrong, défend cette analogie.

L'ex-international Laurent Bénézech a déclaré que le rugby était dans la situation du cyclisme avant affaire Festina. Vous semblez d'accord…
Oui, en bonne partie. Je retrouve le même déni parmi les sportifs et les dirigeants. On l'a constaté ces derniers jours au sujet des amphétamines (un ancien médecin fédéral assure que des joueurs du XV de France en absorbaient largement dans les années 1980), alors même que beaucoup de joueurs l'ont admis, que Bernard Laporte a dit qu'on prenait des Captagon (une amphétamine) à son époque. Deux internationaux du début des années 2000 m'ont appelé cette semaine pour me dire que le Captagon circulait dans leurs équipes. Tout se sait dans ce petit monde, comme dans le cyclisme des années 1990. On évite simplement le mot "dopage" : dans le vélo, on parlait de "préparation", le rugby dit "récupération".

On vous reproche de ne pas avoir de preuves…
Dans mon livre, une cinquantaine de joueurs, dirigeants, médecins, membres de la lutte antidopage ou douaniers reconstituent la genèse du dopage. Je pense avoir une certaine crédibilité grâce à mes ouvrages précédents. Le cyclisme m'a maudit, comme le rugby aujourd'hui. Ces deux milieux exécutent sur la place publique leurs lanceurs d'alerte, comme Christophe Bassons et Jérôme Chiotti à l'époque pour le vélo, ou Laurent Bénézech et moi-même pour le rugby. Mais des directeurs sportifs du peloton me disent merci aujourd'hui. J'espère que le rugby comprendra plus vite que le vélo qu'il emprunte une voie dangereuse.

«Le rugby demande d'être à la fois marathonien et haltérophile»

Des indices vous le font espérer?
Il y avait un mutisme total de tous les acteurs du cyclisme. Ce n'est pas le cas dans le rugby. Les médecins, par exemple, sont exaspérés tant ils sont soumis aux diktats des entraîneurs. L'autre grande différence, c'est que le dopage relève de démarches individuelles, pas institutionnalisées comme dans le vélo. Ma conviction est d'ailleurs qu'une majorité de rugbymen ne se dope pas. Ils ont une vraie faculté d'analyse. Chez les cyclistes, il y avait un phénomène de grégarisme, peut-être aussi une nécessité sociale supérieure. Mais attention, le rugby change à une vitesse folle. Il demande d'être à la fois marathonien et haltérophile, il invite à sortir des rails.

Les produits en cause sont-ils les mêmes que dans le cyclisme?
Les amphétamines, c'est le dopage à la papa pour les compétitions. Aujourd'hui, il y a du dopage hors compétition, pour se préparer. Le produit phare est le stéroïde anabolisant. Il y a aussi les hormones de croissance et la testostérone. Pour l'EPO, deux médecins ont constaté des anomalies dans des clubs sur la base d'examens sanguins. Entre 2000 et 2005, le cocktail corticoïdes-cocaïne a été en vogue pour cicatriser et supporter les charges d'entraînement. Il n'est d'ailleurs pas tout à fait abandonné. Dans le cyclisme, on appelait ça le "pot belge royal".

Pourquoi la lutte antidopage ne détecte-t-elle presque rien de tout cela?
La lutte est un fiasco parce que beaucoup de produits sont indétectables. Sur 300 produits interdits, 40 sont détectables. Dont très peu de stéroïdes, d'anabolisants et d'hormones de croissance. Pourtant, en 2008, une étude a été menée sur un échantillon de deux clubs, sans sanction en jeu : un joueur sur six utilisait des stéroïdes! J'ajoute que des joueurs du début des années 2000 m'ont dit qu'en douze ans de carrière ils avaient eu trois contrôles antidopage maximum, certains même aucun. Il y a certes un suivi longitudinal, mais ce n'est qu'un examen de santé qui permet de détecter des variations anormales.

«Le rugby prend le mauvais chemin»

Avec Pantani et Vandenbroucke, le cyclisme a connu des destins tragiques liés à la toxicomanie. Le rugby en est loin.
Le rugby professionnel est très jeune. On n'a pas le recul suffisant pour se faire une idée de ce que les joueurs vont devenir. Les joueurs du Top 14 ont gagné 12 kg en dix ans. 91% font plus de 95 kg. Certes, la préparation physique et diététique s'est améliorée, mais j'ai des témoignages de médecins qui disent que ces progrès n'expliquent pas certaines prises de poids, au-delà de 20%. Le dopage peut être un élément constitutif de ces développements musculaires monstrueux. Les collisions sont de plus en plus violentes et remplissent les infirmeries : un quart des effectifs y est chaque semaine, soit dix joueurs par club. Deux fois plus qu'il y a dix ans.

Quels sont les circuits du dopage?
Selon un international que j'ai interrogé, les joueurs échangent beaucoup sur le sujet, se donnent les noms de préparateurs privés. Ils achètent des produits sur Internet et se font établir la posologie par ces gourous. Les joueurs sont livrés à eux-mêmes parce que les staffs des clubs ne sont pas très étoffés. Ils deviennent plus vulnérables quand ils sont blessés, car ils doivent tout faire pour reconquérir leur place. Ils vont aussi à la rencontre de pratiques déviantes dans les salles de fitness.

Doit-on s'attendre à une affaire Festina?
Une affaire ne peut venir que de l'extérieur du monde du rugby, comme Festina avec l'arrestation du soigneur Willy Voet. Toutes les grandes affaires de dopage sont nées ainsi. De l'ouverture des dossiers de la Stasi pour l'ex-RDA, de la police pour ­Festina et Puerto. Aujourd'hui, aucun acteur du rugby ne cherche à endiguer le phénomène. C'est "foutez-nous la paix pourvu que l'on ait du spectacle". Mais que vont devenir les joueurs? Tout le monde s'en fout. Mon livre est un coup de klaxon. Le rugby est un sport unique, un vecteur de valeurs civiques et culturelles qu'il faut préserver. Mais il prend le mauvais chemin.

SOURCE : lejdd
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